La pédagogie Montessori part d'une idée : l'enfant apprend par lui-même, en agissant, si on lui prépare un environnement à sa taille et qu'on le laisse choisir ses activités. À la maison, de 0 à 6 ans, elle se traduit surtout par un aménagement simple et une attitude d'observation, bien plus que par l'achat de matériel.
Cette fiche ouvre la famille Pédagogies et jeu libre. Elle présente la méthode telle qu'elle a été pensée, puis ce qu'il est réaliste d'en reprendre chez soi, sans en faire une règle.
Maria Montessori, une médecin au début du XXe siècle
Maria Montessori est née en Italie en 1870 et morte en 1952. Elle fait partie des premières femmes diplômées en médecine de son pays, à la fin du XIXe siècle. Au début de sa carrière, elle travaille à la clinique psychiatrique de l'université de Rome, auprès d'enfants alors considérés comme inéducables.
Elle s'inspire des travaux de deux médecins français du XIXe siècle, Jean Itard et Édouard Séguin, qui avaient conçu du matériel pour éduquer les sens d'enfants en difficulté. Elle reprend et transforme ces idées, d'abord pour ces enfants, puis pour tous.
En 1907, elle ouvre à Rome, dans le quartier populaire de San Lorenzo, la première Casa dei Bambini, la « maison des enfants ». Elle y accueille de jeunes enfants d'âge préscolaire dont les parents travaillent. C'est là qu'elle observe, ajuste, et élabore ce qui deviendra la méthode Montessori. Elle en publie les principes dès 1909, puis voyage, forme des éducateurs et écrit jusqu'à la fin de sa vie, dont un ouvrage traduit en français sous le titre « L'Esprit absorbant de l'enfant ».
Les principes clés de la pédagogie Montessori
La pédagogie repose sur quelques idées, qui reviennent dans tous ses écrits.
L'esprit absorbant
Maria Montessori décrit le jeune enfant, de la naissance à 6 ans environ, comme doté d'un « esprit absorbant » : il s'imprègne de son environnement, de la langue, des gestes, des habitudes, sans effort conscient. D'où l'importance qu'elle donne à ce qui entoure l'enfant.
Les périodes sensibles
Elle observe que l'enfant traverse des périodes où il est particulièrement attiré par un apprentissage : le mouvement, le langage, l'ordre, le raffinement des sens, les petits objets. Pendant ces périodes, il répète inlassablement certaines activités. La méthode propose de repérer ces moments et d'y répondre.
L'environnement préparé
L'environnement est pensé pour que l'enfant puisse agir seul : mobilier à sa taille, objets rangés à sa portée, chaque chose à sa place, peu d'objets mais choisis. C'est l'adulte qui prépare ; c'est l'enfant qui choisit.
Le matériel pédagogique
Dans les classes Montessori, le matériel est conçu pour isoler une difficulté (une taille, une couleur, un son, une forme) et pour permettre à l'enfant de voir lui-même son erreur. Les cylindres à encastrer, la tour rose ou les lettres rugueuses en sont des exemples connus.
La liberté dans un cadre
L'enfant choisit son activité, y passe le temps qu'il veut, la range. Mais cette liberté a des limites : respecter le matériel, les autres, les règles de la classe ou de la maison.
L'adulte qui observe
L'éducateur Montessori observe avant d'intervenir. Il présente une activité, lentement, puis se retire. Il ne corrige pas sans cesse, ne félicite pas à chaque geste. Son rôle est d'adapter l'environnement à ce qu'il voit.
Ce que dit la méthode pour les tout-petits
On associe souvent Montessori aux 3-6 ans et à l'école maternelle. Maria Montessori s'est pourtant intéressée à l'enfant dès la naissance, et ses successeurs ont développé des pratiques pour les 0-3 ans.
Pour les premiers mois, ces pratiques recoupent beaucoup de ce que décrit la motricité libre : un bébé posé au sol, sur un tapis, libre de ses mouvements, avec quelques objets à regarder puis à attraper. Les mobiles suspendus au-dessus du tapis, simples et contrastés au début, en sont un exemple.
Quand l'enfant se déplace, l'environnement s'adapte : un miroir au sol, une barre fixée au mur pour se hisser, une étagère basse avec quelques objets. Quand il marche, il participe aux gestes du quotidien : mettre ses chaussures, ranger, verser de l'eau dans un verre.
Dans les classes Montessori, les enfants sont regroupés par tranches d'âge de trois ans, par exemple de 3 à 6 ans. Les plus jeunes observent les plus grands, les plus grands montrent aux plus jeunes. À la maison, une fratrie offre parfois le même mélange : un enfant de 4 ans qui verse son eau seul donne au plus petit l'envie d'essayer. Pour un enfant, Montessori ou pas, l'exemple d'un autre enfant compte souvent autant que celui d'un adulte. Les enfants Montessori ne sont pas différents des autres : ils ont simplement eu, plus tôt, l'occasion de faire eux-mêmes.
Montessori à la maison : ce qu'il est réaliste de faire
Appliquer la méthode Montessori à la maison ne demande ni une chambre transformée ni du matériel spécialisé. Quelques changements suffisent à en reprendre l'esprit.
L'aménagement. Une étagère basse où l'enfant voit trois à six activités, chacune sur son plateau ou dans son panier. Un portemanteau à sa hauteur. Un petit tabouret pour atteindre le lavabo. Un lit au sol pour un enfant qui marche, si la chambre est sécurisée.
Les activités. Des gestes réels, à sa taille : verser, transvaser, éplucher une banane, essuyer une table, arroser une plante, trier le linge par couleurs. Pour les jeux et les jouets, la fiche sur les jeux Montessori explique les principes qui comptent plus que le matériel.
L'attitude. Laisser l'enfant faire, même lentement, même imparfaitement. Proposer plutôt qu'imposer. Montrer un geste sans parler, puis le laisser essayer. Dire « tu as réussi à verser sans renverser » plutôt que « bravo ».
Une matinée ordinaire, vue avec des lunettes Montessori
Prenons une scène type, dans une famille qui n'a rien acheté de particulier. Un enfant de 2 ans se lève. Ses vêtements du jour l'attendent sur une chaise basse : deux pantalons, il en choisit un. Il l'enfile seul, à l'envers peut-être. L'adulte ne corrige pas tout de suite.
Au petit déjeuner, un petit pichet à moitié rempli de lait est posé sur la table. L'enfant verse dans son bol, en renverse un peu, prend l'éponge rangée à sa hauteur et essuie. Personne ne s'exclame.
Ensuite, il va vers l'étagère basse du salon, prend le panier de tissus et s'assoit sur le tapis. Il sort les foulards un par un, les remet, recommence. L'adulte lit à côté, lève les yeux de temps en temps. Quand l'enfant a fini, il range le panier, avec un peu d'aide la première semaine, seul ensuite.
Rien dans cette matinée n'exige de matériel Montessori. Tout tient à quelques choix d'aménagement et à une façon de laisser faire. C'est souvent ce que les familles retiennent de la méthode.
Le rôle de l'adulte, au jour le jour
Dans les écoles, l'éducateur est parfois appelé « guide » : un guide Montessori accompagne plus qu'il n'enseigne. À la maison, ce rôle se traduit par trois attitudes.
Observer d'abord. Avant de proposer une activité, regarder ce que l'enfant cherche à faire en ce moment : grimper, verser, ouvrir, nommer. Chaque période de son développement a ses envies, et l'environnement se prépare en fonction.
Montrer lentement. Pour un geste nouveau (verser, visser un couvercle), le faire devant l'enfant, sans parler, en décomposant. Puis lui laisser la place.
Se retirer. Quand l'enfant est absorbé, ne pas l'interrompre, même pour le féliciter. La concentration de l'enfant, dans la pédagogie Montessori, est quelque chose qu'on protège.
Ces attitudes ne demandent pas de formation. Elles demandent du temps et un peu de patience, ce que l'adulte n'a pas toujours. Ce n'est pas grave : on fait ce qu'on peut, quand on peut.
Les limites et les critiques
La pédagogie Montessori a ses détracteurs, et ses limites méritent d'être dites. Certains lui reprochent une place réduite pour l'imaginaire chez les plus jeunes, d'autres un matériel trop codifié, d'autres encore le coût des écoles privées qui s'en réclament.
À la maison, le risque principal est la pression. Les images d'intérieurs impeccables, d'étagères en bois clair et d'enfants concentrés circulent beaucoup. Elles donnent parfois aux parents le sentiment de mal faire. La méthode n'a jamais exigé cela. Maria Montessori décrivait une méthode fondée sur l'observation de chaque enfant, ce qui suppose de l'adapter à chacun, et à chaque famille.
Ce que Montessori n'est pas
Autour de la pédagogie, beaucoup d'idées reçues circulent, dans un sens comme dans l'autre.
D'abord, le mot s'est répandu sur des jouets, des meubles, des tapis. Un objet en bois vendu comme « Montessori » n'applique pas la pédagogie pour autant ; un jouet en plastique simple peut tout à fait s'y prêter.
Ensuite, la méthode ne vise pas à faire des enfants plus rapides que les autres. Maria Montessori parlait de respecter le rythme de chaque enfant, pas d'accélérer ses apprentissages.
Le laisser-faire n'en fait pas partie non plus : l'enfant est libre de choisir, dans un cadre posé et tenu par l'adulte.
Enfin, rien n'oblige à tout prendre. On peut reprendre l'étagère basse et la participation aux tâches ménagères sans adopter le reste.
Les écoles Montessori en France
Il existe des écoles Montessori en France, le plus souvent privées et hors contrat, parfois des classes publiques qui s'en inspirent. Les écoles se réclament de la méthode à des degrés divers, et les éducateurs Montessori suivent des formations de durée et d'exigence variables.
Pour un parent qui envisage cette voie, une visite apprend plus qu'une plaquette. On peut demander la formation des éducateurs, le nombre d'enfants par classe, l'organisation d'une journée, la place du jeu libre et du dehors. Le mot Montessori ne garantit pas, à lui seul, la qualité d'une école.
Montessori parmi les autres pédagogies
La méthode Montessori est l'une des pédagogies dites nouvelles, nées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. D'autres approches ont marqué l'éducation des jeunes enfants : celle de Célestin Freinet en France, centrée sur l'expression et la coopération ; celle de Reggio Emilia en Italie, qui fait de l'enfant un chercheur et de l'environnement un « troisième éducateur » ; celle d'Emmi Pikler à Budapest, centrée sur la motricité libre du tout-petit.
Ces pédagogies se recoupent sur plusieurs points : le respect du rythme de l'enfant, la confiance dans ses capacités, l'importance de l'environnement. Elles divergent sur d'autres, comme la place de l'imaginaire ou du jeu symbolique, que Maria Montessori accueillait avec plus de réserve pour les tout-petits.
Le jeu libre, celui que l'enfant invente sans consigne, garde toute sa place à côté des activités préparées. La fiche sur le jeu libre explique comment l'accompagner sans le diriger.
Pour la suite
Pour passer aux activités concrètes, voyez les jeux Montessori et, pour l'éducation des sens chère à Maria Montessori, les jeux sensoriels. Pour équilibrer les activités préparées avec le jeu spontané, lisez le jeu libre.
Ce que les parents demandent
Faut-il acheter du matériel Montessori pour appliquer la pédagogie ?
Non. Le matériel pédagogique conçu par Maria Montessori a été pensé pour les classes. À la maison, l'esprit de la méthode passe par l'aménagement (meubles bas, objets accessibles, peu de jouets à la fois) et par la place laissée à l'enfant dans les gestes du quotidien.
À partir de quel âge peut-on appliquer Montessori ?
Maria Montessori s'est intéressée aux enfants dès la naissance. Pour les tout-petits, cela se traduit par un environnement sûr où l'enfant bouge librement, des objets réels à explorer, et des adultes qui observent avant d'intervenir.
Une école Montessori est-elle forcément meilleure ?
Ni plus ni moins qu'une autre : tout dépend de l'équipe, de sa formation et de la façon dont l'école applique la pédagogie. Le mot Montessori ne garantit pas à lui seul la qualité d'un lieu. Une visite et des questions aux éducateurs en disent plus que l'étiquette.
Montessori, est-ce laisser l'enfant faire tout ce qu'il veut ?
Non. La liberté laissée à l'enfant s'exerce dans un cadre : choisir son activité, travailler à son rythme, mais respecter le matériel, les autres et quelques règles claires. L'adulte reste présent, il pose les limites et prépare l'environnement.
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