Le marquage CE indique que le fabricant déclare son jouet conforme aux exigences de sécurité de la directive 2009/48/CE, et la norme EN 71 est l'ensemble de normes techniques qui permet de le démontrer. Sur l'étiquette, on lit en priorité ce marquage, l'âge indicatif, les avertissements et l'identité du fabricant ou de l'importateur.
Cette fiche ouvre la famille Sécurité et entretien. Elle cite les textes ; elle ne remplace ni la notice du jouet ni l'avis des autorités de contrôle.
Le cadre : la directive relative à la sécurité des jouets
La règle de base est un texte européen : la directive 2009/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 relative à la sécurité des jouets. En France, elle a été transposée par le décret n° 2010-166 du 22 février 2010 relatif à la sécurité des jouets.
La directive définit le jouet comme un produit conçu pour être utilisé, exclusivement ou non, à des fins de jeu par des enfants de moins de 14 ans. Un hochet, une arche d'éveil, un tapis d'activités, une peluche, un jeu de construction sont des jouets. Un lit, une chaise haute ou une poussette n'en sont pas : ils relèvent d'autres règles.
Le texte fixe des exigences essentielles de sécurité, que tout jouet doit respecter. Elles portent sur :
- les propriétés physiques et mécaniques (petites pièces, solidité, cordons, bords coupants) ;
- l'inflammabilité ;
- les propriétés chimiques (substances interdites ou limitées) ;
- les propriétés électriques ;
- l'hygiène ;
- la radioactivité.
Il impose aussi des obligations aux fabricants, importateurs et distributeurs, ainsi que des avertissements à faire figurer sur certains jouets.
Les normes EN 71 : ce qu'elles couvrent
La directive dit ce qu'il faut atteindre. Les normes harmonisées disent comment le vérifier. Pour les jouets, il s'agit de la série EN 71, publiée en France par l'Afnor sous la référence NF EN 71.
Un fabricant qui applique les normes harmonisées bénéficie d'une présomption de conformité aux exigences qu'elles couvrent. C'est pour cela que la mention « EN 71 » apparaît sur de nombreux emballages : elle indique les normes que le fabricant dit avoir suivies.
Les parties les plus courantes de la série :
| Partie | Ce qu'elle couvre | Ce que ça veut dire pour un jouet d'éveil |
|---|---|---|
| EN 71-1 | propriétés mécaniques et physiques | petites pièces, résistance à la traction et à la chute, cordons, bords |
| EN 71-2 | inflammabilité | comportement au feu des tissus, peluches, déguisements |
| EN 71-3 | migration de certains éléments | métaux qui pourraient passer dans la salive depuis une peinture ou un plastique |
| EN 71-7 | peintures au doigt | composition des peintures destinées aux jeunes enfants |
| EN 71-8 | jouets d'activité à usage familial | balançoires, toboggans, structures sur lesquelles on grimpe |
Il existe d'autres parties, pour les coffrets de chimie, les jouets olfactifs ou les trampolines. Une norme n'est pas une loi : c'est un outil technique, qui évolue au fil des révisions. La réglementation, elle, tient dans la directive du Parlement européen et du Conseil et dans le décret qui la transpose ; la norme des jouets n'en est que le moyen de preuve le plus courant, appliqué aux jouets destinés aux enfants de tous âges.
Le marquage CE : ce qu'il garantit, et ce qu'il ne garantit pas
Le marquage CE est apposé par le fabricant, sous sa responsabilité. Il signifie que le fabricant déclare son jouet conforme à la directive, après avoir mené la procédure d'évaluation prévue.
Deux procédures existent. Quand le fabricant a appliqué les normes harmonisées couvrant toutes les exigences de sécurité de son jouet, il peut recourir à la procédure interne de contrôle de la production, sans intervention d'un organisme tiers. Dans les autres cas (normes absentes, appliquées en partie, ou jugées insuffisantes), il doit soumettre son jouet à un examen CE de type, mené par un organisme notifié, qui délivre une attestation.
Ces deux procédures renvoient aux modules d'évaluation définis à l'annexe II de la décision n° 768/2008/CE, texte commun à plusieurs réglementations européennes sur les produits : le contrôle interne de la production correspond au module A, l'examen de type au module B suivi du module C. Dans les deux cas, le fabricant établit une documentation technique et une déclaration de conformité, qu'il tient à la disposition des autorités.
Pour un jouet fabriqué hors de l'Union, c'est l'importateur qui vérifie que le fabricant a fait ce travail avant de mettre le produit en vente. Le distributeur, lui, vérifie la présence du marquage et des documents. Chaque maillon de la chaîne a ses obligations.
Ce que le marquage CE ne garantit pas :
- ce n'est pas un label de qualité, ni un gage de durabilité ;
- ce n'est pas un contrôle systématique par une autorité avant la vente ;
- il ne dit rien de l'intérêt du jouet pour le développement de l'enfant ;
- il ne couvre pas un mauvais usage, ni un jouet abîmé.
Les autorités de surveillance du marché, en France la DGCCRF, contrôlent après coup des jouets en circulation. Quand un danger est constaté, le produit peut être retiré de la vente et rappelé.
Lire l'étiquette d'un jouet, ligne par ligne
Sur le jouet, son emballage ou la notice, plusieurs informations doivent figurer. Les voici dans l'ordre où l'on gagne à les lire.
Le marquage CE. Il doit être visible, lisible et indélébile, sur le jouet, une étiquette attachée ou l'emballage.
L'âge indicatif et les avertissements. La directive prévoit, à son annexe V, des avertissements obligatoires pour certaines catégories de jouets. Le plus courant est la mention « Ne convient pas aux enfants de moins de 36 mois » ou « Ne convient pas aux enfants de moins de trois ans », qui peut être remplacée par un pictogramme : un visage d'enfant barré, avec la mention « 0-3 ». Elle doit être accompagnée d'une brève indication du danger, par exemple « contient de petites pièces ».
L'identification. Le jouet porte un numéro de type, de lot ou de série, et le nom, la marque et l'adresse postale du fabricant, ainsi que de l'importateur pour un jouet fabriqué hors de l'Union européenne.
La notice et les précautions d'emploi, en français pour un jouet vendu en France. Pour un jouet d'activité fixé à une traverse, elle indique les vérifications et l'entretien périodiques des parties principales.
Les avertissements qui comptent le plus pour les 0-6 ans
Quelques avertissements reviennent souvent sur les jouets d'éveil.
« Ne convient pas aux enfants de moins de 36 mois » : on le respecte, même sous surveillance. Il ne s'agit pas d'un âge d'intérêt, mais d'un risque, le plus souvent des petites pièces qui peuvent être avalées ou inhalées. Un frère ou une sœur aîné(e) qui joue avec ce jouet le fait hors de portée du plus petit.
L'avertissement des jouets à suspendre au-dessus d'un berceau, d'un lit ou d'une poussette : la directive demande d'indiquer qu'il faut retirer le jouet quand l'enfant commence à essayer de se mettre à quatre pattes, pour éviter les blessures par enchevêtrement. Il concerne les mobiles et les jouets tendus en travers ; la fiche sur l'arche d'éveil applique la même prudence aux arches posées au sol.
« Uniquement pour usage familial » : cet avertissement figure sur les jouets d'activité, comme les toboggans ou les portiques de jardin.
« À utiliser sous la surveillance directe d'un adulte » : il accompagne les jouets aquatiques, par exemple. Il ne transforme pas le jouet en bouée.
Les cas particuliers : piles, aimants, jouets électriques
Certains dangers ne se voient pas sur l'étiquette mais dans la conception du jouet.
Les piles bouton sont l'un des risques les plus graves pour les jeunes enfants : avalées, elles peuvent brûler l'œsophage. Un jouet conforme doit rendre le compartiment des piles inaccessible à l'enfant. Les télécommandes, balances, cartes musicales et objets décoratifs de la maison ne sont pas des jouets, et ne suivent pas ces exigences. La fiche sur les piles bouton et les aimants détaille ce danger et la conduite à tenir.
Les aimants détachables sont un autre danger : plusieurs aimants avalés peuvent s'attirer à travers la paroi de l'intestin. La norme EN 71-1 fixe des exigences pour les aimants des jouets, en particulier ceux qui pourraient se détacher et être avalés.
Les jouets électriques à brancher sur le secteur ne sont pas destinés aux jeunes enfants. Les jouets à piles relèvent, eux, des exigences électriques de la directive.
Ce qui n'est pas un jouet
Certains produits utilisés par les jeunes enfants ne sont pas des jouets au sens de la directive, et ne portent donc pas le même marquage. C'est le cas des articles de puériculture : lit, transat, chaise haute, poussette, siège auto. Ils relèvent d'autres textes et d'autres normes.
Le trotteur en est un exemple : c'est un article de puériculture, pas un jouet. Sa conformité à sa propre norme ne dit rien de son intérêt pour l'enfant, et le site public santé.fr le présente comme une mauvaise idée pour apprendre à marcher. La fiche sur le trotteur en expose les raisons.
Les objets décoratifs, les bijoux fantaisie, les colliers d'ambre ou les porte-clés en forme de peluche ne sont pas non plus des jouets. Ils échappent aux exigences de la directive, même quand ils ressemblent à un jouet.
Les autres labels : ce qu'ils ajoutent
À côté du marquage CE, obligatoire, on trouve parfois sur les jouets des marques volontaires : une certification NF, un label textile comme Oeko-Tex pour les tissus, une certification forestière pour le bois. Ces marques apportent une information supplémentaire sur un aspect précis (contrôle par un tiers, substances dans les textiles, origine du bois). Aucune ne remplace le marquage CE.
Ce que change le règlement (UE) 2025/2509
Un nouveau texte remplacera la directive : le règlement (UE) 2025/2509 relatif à la sécurité des jouets, publié au Journal officiel de l'Union européenne le 12 décembre 2025. Selon l'analyse publiée par le cabinet d'avocats Noerr, il est en vigueur depuis le 1er janvier 2026 et s'appliquera pour l'essentiel à partir du 1er août 2030 ; d'ici là, des jouets conformes à la directive peuvent encore être mis sur le marché.
Parmi les changements annoncés par cette même analyse :
- un passeport numérique de produit, accessible par un code lisible par machine comme un QR code, remplacera la déclaration de conformité ;
- les interdictions de substances s'étendront aux perturbateurs endocriniens, à certains sensibilisants et aux PFAS ajoutés intentionnellement ;
- sur les places de marché en ligne, le marquage CE et les avertissements devront être visibles avant l'achat.
Pour les parents, la lecture de l'étiquette restera la même dans ses grandes lignes : un marquage CE, des avertissements à suivre, un fabricant identifiable. Le passeport numérique y ajoutera une source d'information.
Quand un jouet pose problème
Si un jouet se casse en morceaux dangereux, dégage une odeur forte ou blesse un enfant, on le retire immédiatement. On peut vérifier s'il fait l'objet d'un rappel sur le site public Rappel Conso, et signaler un produit dangereux à la DGCCRF via sa plateforme de signalement. En cas d'ingestion d'une pile bouton ou d'un aimant, on appelle le 15 sans attendre.
Pour la suite
Deux dangers méritent une fiche à part : les piles bouton et les aimants, et le trotteur. Pour appliquer ces règles au matériel des premiers mois, voyez le tapis d'éveil, et pour les autres fiches de la famille, la page Sécurité et entretien.
Ce que les parents demandent
Le marquage CE veut-il dire que le jouet a été testé ?
Pas forcément par un organisme extérieur. Le fabricant appose le marquage CE sous sa responsabilité, après avoir vérifié la conformité de son jouet, le plus souvent en appliquant les normes harmonisées. Un organisme notifié n'intervient que dans certains cas prévus par la directive.
Un jouet sans marquage CE est-il interdit ?
Un jouet mis sur le marché de l'Union européenne doit porter le marquage CE. Un objet qui en est dépourvu n'a donc pas été mis sur le marché comme jouet conforme, ou provient d'un circuit qui ne respecte pas les règles. Mieux vaut ne pas le donner à un jeune enfant.
Que veut dire « ne convient pas aux enfants de moins de 36 mois » ?
C'est un avertissement prévu par l'annexe V de la directive 2009/48/CE. Il signale que le jouet présente un risque pour les moins de 3 ans, le plus souvent des petites pièces qui peuvent être avalées ou inhalées. Le risque doit être précisé sur le jouet, l'emballage ou la notice.
Les jouets en bois sont-ils soumis aux mêmes règles ?
Oui. La directive s'applique à tous les jouets, quelle que soit leur matière. Un jouet en bois doit porter le marquage CE comme un jouet en plastique, et sa peinture ou son vernis sont concernés par les exigences chimiques.
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