# Permanence de l'objet : le jeu du coucou, expliqué

> Permanence de l'objet : comprendre qu'un objet caché existe encore. Ce qu'en disait Piaget, ce qu'on sait aujourd'hui et les jeux qui l'accompagnent.

Fiche publiée le 30 octobre 2026 · Sens et découvertes (https://jouets-eveil.com/sens-decouvertes/)

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Premiers gestes — Le jeu d'éveil expliqué, de la naissance à 6 ans — https://jouets-eveil.com/

## Les repères en bref

- La permanence de l'objet, c'est la compréhension qu'un objet ou une personne continue d'exister quand on ne le voit plus.
- Jean Piaget l'a décrite comme une construction progressive au cours des deux premières années, en plusieurs stades.
- Des travaux plus récents suggèrent que les bébés en ont une forme d'intuition plus tôt que ne le pensait Piaget.
- Coucou, objet caché sous un tissu, boîte à permanence : ces jeux accompagnent la notion, et aident aussi à vivre les séparations.

La permanence de l'objet est la compréhension qu'un objet ou une personne continue d'exister même quand on ne le voit plus. Le bébé la construit progressivement pendant ses deux premières années, et le jeu du coucou, qui le fait tant rire, en est la mise en scène la plus simple.

Cette fiche fait partie de la famille [Sens et découvertes](/sens-decouvertes/), qui rassemble les jeux autour des sens et de la compréhension du monde.

## Une définition simple

Pour un adulte, c'est une évidence : la tasse rangée dans le placard est toujours là, même porte fermée. Pour un nouveau-né, rien ne permet de le savoir. Rien du tout. Ce qui sort de son champ de vision cesse, en quelque sorte, de le concerner.

Au fil des mois, l'enfant découvre que les objets et les personnes ont une existence propre, indépendante de ce qu'il voit. Il se met à chercher un jouet tombé, à soulever un tissu pour retrouver ce qui est dessous, à attendre le retour d'un parent sorti de la pièce. C'est cette capacité que les psychologues appellent la permanence de l'objet.

Le concept est utile parce qu'il éclaire beaucoup de comportements du bébé : le plaisir du coucou, le jeu de jeter les objets par terre, les pleurs quand le parent s'éloigne.

## Ce qu'en disait Jean Piaget

Le psychologue suisse Jean Piaget, figure majeure de la psychologie du développement, a été le premier à décrire la notion en détail, notamment dans La construction du réel chez l'enfant, publié en 1937, à partir de l'observation de ses propres enfants. Pour lui, la permanence de l'objet se construit pendant la période qu'il appelle sensori-motrice, qui couvre les deux premières années, en plusieurs stades.

Dans les grandes lignes :

- d'abord, le bébé ne cherche pas un objet qui disparaît ; il continue parfois de regarder l'endroit où il l'a vu ;
- ensuite, il cherche un objet partiellement caché, dont une partie reste visible ;
- puis il soulève un écran pour retrouver un objet entièrement caché sous ses yeux ;
- plus tard, il suit les déplacements visibles de l'objet d'une cachette à l'autre ;
- enfin, il se représente des déplacements qu'il n'a pas vus, et cherche un objet là où il a pu être emporté.

Piaget a aussi décrit une erreur caractéristique, souvent appelée « erreur A non B » : après avoir retrouvé plusieurs fois un objet sous une cachette A, le bébé continue à le chercher en A même quand il l'a vu le cacher en B. Cette erreur, observée à un stade intermédiaire, montre que la notion est en construction.

## Ce qu'on sait aujourd'hui

Les travaux qui ont suivi ont nuancé le calendrier de Piaget. Dans les années 1980, des chercheurs en psychologie du développement, notamment Renée Baillargeon, ont utilisé des méthodes fondées sur le regard plutôt que sur la recherche manuelle : on mesure combien de temps un bébé regarde une scène « impossible », par exemple un objet qui semble traverser un obstacle caché. Les bébés regardent plus longtemps ces scènes, ce qui suggère qu'ils s'attendaient à ce que l'objet caché continue d'exister.

Ces résultats restent discutés. Leur interprétation divise encore les chercheurs. Ils indiquent au moins que la compréhension de la permanence commence plus tôt que la capacité à chercher l'objet avec les mains, qui dépend aussi de la motricité. Le bébé sait peut-être que la balle est sous le tissu avant de savoir soulever le tissu.

Pour les parents, la conclusion pratique est simple : il n'y a pas de date à surveiller. La permanence de l'objet se construit sur une longue période, et les jeux qui l'accompagnent ont leur place à tous les stades.

## Ce que la notion change au quotidien

Le concept de permanence éclaire bien des scènes ordinaires. Le nourrisson qui ne réclame pas le hochet tombé derrière lui n'est pas indifférent : pour lui, l'objet n'est plus là. Quelques mois plus tard, le même bébé se penche par-dessus sa chaise haute pour suivre la cuillère qu'il vient de lâcher, et tend la main vers le sol en réclamant.

La notion de permanence touche aussi la communication. Un bébé qui comprend que les objets qui l'entourent existent hors de sa vue peut commencer à les désigner, à les réclamer, plus tard à les nommer. Le pointage du doigt vers un objet hors de portée, puis vers un objet absent (« où est le chat ? »), montre qu'il garde en tête des informations sur ce qu'il ne voit pas.

Pour les parents, quelques conseils découlent de tout cela. Inutile de vouloir accélérer l'acquisition : elle suit son cours. Mieux vaut jouer avec, en multipliant les petites disparitions et réapparitions, et accepter les phases où l'enfant jette tout pour vérifier que les choses reviennent.

## Permanence de l'objet et angoisse de séparation

Beaucoup de parents remarquent qu'au cours de la deuxième moitié de la première année, leur bébé proteste quand ils quittent la pièce, ou se met à pleurer devant des visages inconnus. Le psychanalyste René Spitz a décrit ce moment sous le nom d'« angoisse du huitième mois », une appellation restée courante même si l'âge varie beaucoup.

Le lien avec la permanence de l'objet est souvent fait : le bébé comprend que le parent existe ailleurs, hors de sa vue, et il mesure donc son absence. Il ne sait pas encore qu'il va revenir. Cette angoisse de séparation fait partie du développement ordinaire. Elle passe avec le temps et l'expérience répétée que le parent revient.

Quelques gestes aident souvent :

- dire au revoir plutôt que partir en cachette, même si les pleurs suivent ;
- jouer souvent à des jeux de disparition et de retour ;
- garder des rituels de départ et de retrouvailles courts et prévisibles ;
- confier l'enfant progressivement à une nouvelle personne, en restant d'abord présent.

**Le geste à essayer : le foulard**

- Asseyez-vous face au bébé, sur un tapis au sol.
- Montrez-lui une balle ou un objet qu'il aime, et laissez-le le regarder.
- Couvrez l'objet à moitié avec un foulard léger, une partie restant visible.
- Attendez : cherche-t-il à tirer le foulard ou à attraper ce qui dépasse ?
- Si c'est facile pour lui, cachez l'objet entièrement sous ses yeux.
- Plus tard, essayez avec deux foulards et changez de cachette devant lui.

## Les jeux qui accompagnent la permanence de l'objet

Les jeux de permanence sont parmi les plus anciens du monde. Ils ne demandent presque aucun matériel.

- Le coucou : cacher son visage derrière ses mains ou un foulard, puis réapparaître. Plus tard, l'enfant cache lui-même son visage.
- L'objet caché : glisser un jouet sous un tissu, une boîte, un gobelet retourné, et laisser l'enfant le retrouver.
- Le jeu des gobelets : un objet sous un gobelet, puis deux gobelets, puis trois, déplacés lentement.
- La boîte à permanence : un objet qu'on fait tomber dans un trou, qui disparaît puis ressort. Une boîte à chaussures percée et une balle font l'affaire ; la version en bois d'inspiration Montessori ne fait rien de plus.
- Le cache-cache : quand l'enfant se déplace, se cacher derrière un rideau en laissant dépasser les pieds, puis entièrement.
- Le tunnel : faire rouler une balle dans un rouleau de carton ou un tuyau, et la voir ressortir de l'autre côté.

Ces jeux rejoignent les [jeux sensoriels](/sens-decouvertes/jeux-sensoriels/) et le [bac sensoriel](/sens-decouvertes/bac-sensoriel/), où cacher un objet dans la semoule devient vite un jeu de fouille. Tout objet utilisé doit être trop gros pour être avalé.

## Pour la suite

Le panorama des [jeux d'éveil selon l'âge](/eveil-par-age/jeux-d-eveil-selon-l-age/) situe ces jeux parmi les autres activités de chaque période. La fiche sur les [jeux sensoriels](/sens-decouvertes/jeux-sensoriels/) en propose d'autres autour du toucher, de la vue et de l'ouïe.

## Ce que les parents demandent

**À quel âge un bébé acquiert-il la permanence de l'objet ?**

Il n'y a pas de date unique. Pour Piaget, la notion se construit par étapes tout au long des deux premières années. Les recherches plus récentes montrent que les bébés réagissent à la disparition d'un objet bien plus tôt qu'ils ne savent le chercher.

**Quel est le lien entre permanence de l'objet et angoisse de séparation ?**

Quand le bébé comprend que sa mère ou son père existe encore hors de sa vue, il peut aussi mesurer son absence et protester quand l'adulte s'en va. Les deux phénomènes apparaissent souvent dans la même période. Les jeux de coucou et de cache-cache l'aident à apprivoiser l'idée que ce qui part revient.

**Qu'est-ce qu'une boîte à permanence ?**

C'est un jouet d'inspiration Montessori : une boîte en bois avec un trou sur le dessus, dans lequel l'enfant fait tomber une balle qui disparaît puis ressort par une ouverture ou un tiroir. Il rejoue le principe de la disparition et de la réapparition. Une boîte en carton percée fait le même effet.

**Pourquoi mon bébé jette-t-il tout par terre ?**

Lâcher un objet et le regarder tomber, puis attendre qu'il revienne, fait partie de son exploration. Il vérifie ce qui se passe quand un objet quitte sa main et son champ de vision. Il s'entraîne, même si le jeu peut lasser l'adulte.
